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Billet de Morgan Govignon... vous en reprendrez bien ?

Publié le par STEVEN

ELECTRIQUE

Ce soir, je suis électrique. C’est Stéphane qui a trouvé le bon mot. J’ai enfin pu faire un tour complet du circuit. Enfin, quand je dis circuit…

Histoire de mettre un peu de doute là dedans, une averse est venue nous rafraichir en prégrille, juste ce qu’il faut pour mouiller le tarmac et partir avec quelques doutes. Puis la délivrance. Malgré les traces d’eau que je déteste, les sous-bois humides et les bandes blanches en peau de banane, j’ai pu mettre la poignée dans le coin, tordre mon guidon pour remettre la machine en ligne, la cravacher comme un jockey le cul en l’air pour amortir les bosses. J’ai pu faire ce que j’aime, et c’était juste fabuleux. Malheureusement, la fête a été un peu gâchée par le brouillard dans la montagne et l’humidité un peu partout. Essais arrêtés à la fin du premier tour, mais de toutes façons, je n’aurais pas pu faire grand-chose vu les conditions.

Et puis à nouveau le doute. Pas de Julien, que je sais pourtant parti juste derrière moi. Je regarde les autres motos arriver, et toujours pas de R6 n°34. Bordel… Fred Besnard revient, nous informe être passé juste après un gros carton dans 13th milestone, un des deux endroits que je déteste particulièrement, avec 11th. On essaie de penser à un problème technique, on espère même qu’il a tout pris dans la gueule plutôt que ce soit lui, à 13th… Et c’est bien un problème technique. Bien évidement, c’est une cata pour lui (moteur HS), mais c’est un soulagement pour nous. Fred Protat est déjà entrain d’étriper un R6 pour préparer un nouveau greffon, Julien a les glandes, mais je m’en fous, tant qu’il est pas content, c’est qu’il est vivant.

Dans la famille des rallymans, il y a aussi le gars Pautet. Crazy, le Chat, Nico, appelez-le comme vous voulez, mais ce garçon à autant de talent et de tête que d’humour. Un enfant mal rasé, grignotant des chips quand il n’a pas un carambar dans le coin du bec, à l’affut du moindre jeu de mot, du moindre petit pique, balancé si malicieusement qu’il faire rire toute l’assemblée, victime comprise. Gentil. Bosseur. Et talentueux. Ce soir, il a juste tapé le meilleur temps des newcomers sur sa moto à poignées roses et déco léopard, ou plutôt « Peau de pute », comme il le dit si bien. Bref, notre petit village français s’anime, bourré de personnages bien différents mais tous réunis autour de cette même passion pour cette île et ce circuit.

Au milieu de tout ça, je suis un ressort, un câble arraché à un poteau électrique qui fouette le sol à grand coup d’arcs bleus. J’ai de l’adrénaline plein les veines, l’envie de raconter ça à mes mécanos, ma famille quoi, et de leur expliquer tout ce que je ressens, ce truc dingue que je viens de vivre. Parce que je pars toujours avec la tête très calme sur la moto, mais quelques mètres plus tard, c’est le feu d’artifice. Tout me pète à la gueule. Les trottoirs, les lignes blanches, les bottes de paille, les maisons. Mon cerveau sature, reçoit des centaines d’informations qu’il doit trier, classer, pour savoir ce qui a été fait et ce qu’il y a à faire. Du coup, tout s’accélère, mon corps devient un tas de capteurs qui raconte l’état du sol et des suspensions, mes yeux lisent, enregistrent chaque info depuis l’écran du casque où s’amoncellent des gouttes de pluie jusqu’au fond de l’horizon où j’aperçois un virage, un drapeau… Mes bras, mes jambes sont à la fois guides et amortisseurs, et pour l’instant, je n’ai pas la synchronisation parfaite de tous ses éléments. J’ai besoin de rouler, encore et encore, pour m’habituer à ce truc dément, parce que rien ne peut vraiment me préparer à ça le reste de l’année. Il est tard maintenant, il fait nuit, j’ai endormi ma fille les Ogres de Barback et mes jambes ont fini de trembler, mais je n’ai envie que d’une chose : remonter sur ma moto et m’électrifier.

 

 

ROB ET JOSY

Jeudi, les essais pour les 600 sont tous annulés afin que les classiques puissent rouler plus longtemps, leur course étant ce samedi. Je ne suis même pas fâché. Bien sûr, nous sommes partis depuis plus d’une semaine, bien sûr je n’ai fait qu’un tour chronométré sur les cinq nécessaires à la qualification (assortie d’un temps en moins de 22 min 30 sec), mais je suis tout sourire à l’idée de voir et entendre les 500 Paton, Norton Manx et surtout les MV 3 et 4 hurler comme nulle part ailleurs. Parce qu’ici, c’est pas de la démo, c’est la course, et c’est tout comme à l’époque. Tellement à l’époque que t y crois à peine.

On les a appelé Rob et Josy. Josy doit bien avoir la soixantaine, blonde bientôt blanche, grande. On ne l’a pas encore vu habillée autrement qu’avec son bleu de mécanicienne. Rob a la soixantaine minimum, et on ne l’a pas vu habillé autrement qu’en cuir. Mais pas un cuir avec des renforts, des aérations et tout et tout, non, un cuir en peau de cuir, comme ceux des années 60, noir pour la classe et parce qu’il n y avait que cette couleur là en 68 quand il a du l’acheter… Je passe sur les gants du même acabit mais en beige, les mêmes que j’utilise parfois pour la manutention au boulot, bien évidemment sans coque carbone etc etc, pour arriver au plus beau : le casque. Un jet. Un putain de jet (casque ne couvrant pas le menton, pour les néophytes), avec une putain de visière qui doit être clipsée dessus, sauf que les clips doivent être aussi fatigués que le reste, et du coup, Josy, ben elle a mis du scotch tout autour pour éviter que le plexi merdique ne s’envole… C’est qu’elle prend soin de son homme, Josy… Evidemment, tout ça ici passe le contrôle technique sans soucis, et vu que la dorsale n’est pas obligatoire, je ne vois pas non plus pourquoi Rob aurait cédé à ce monstre de modernisme… Bref, je vous souhaite la bienvenue dans l’esprit du Classic TT.

Jeudi donc et toujours, Morgan (pas moi, hein, le traducteur de Julien Toniutti) alias Google Trad, nous propose d’aller voir les motos passer chez un de ses potes à Ballagarey. Génial, le virage le plus important du circuit, et un spot que nous n’avions pas pu faire les années précédentes. Toute la troupe se met en route pour atterrir dans le jardin de Keith, 80 mètres avant la corde de celui qu’on appelle Balla scary (Balla l’effrayant) tellement tu vois rien, tellement ça bouge à la sortie, tellement t’as l’impression tu que ne vas jamais y rentrer et encore moins en sortir. Sauf qu’en retournant chercher le biberon oublié dans le camion, petite flaque sous le pare-choc… Stéphane ? (Faut toujours crier Stéphane quand t’as un problème dans la vie). Stéphane arrive donc, et diagnostique illico un radiateur en phase terminale. J’avais pas spécialement besoin de ça, mais tant qu’un normand continuera d’apparaitre quand je gueule « Stéphane ! », je sais que je n’aurais rien à craindre…

On a mis le casque jaune fluo sur les oreilles de la puce pour la préserver un peu, et on a attendu, le cul sur le muret. Lâchés par vague de deux pilotes, on a plongé dans la fin des années 60 au son des mégaphones. Entre chaque bécane, on arrivait même à entendre la musique de Continental Circus... Keith nous a laissé pour se poster en face, car il est marshall ici. Sauf qu’en plus de squatter son jardin (on doit être que douze à piétiner son joli petit gazon), il nous a laissé sa maison grande ouverte, au cas où on aurait besoin de quoi que ce soit. Et puis Rob est arrivé, on s’est dit qu’il allait couper pour prendre la courbe, et que dalle. Il est passé à bloc sur son espèce de bordel avec ses pneus maigres comme une fin de mois et son châssis en chewing-gum. Même qu’avec sa visière, tu voyais bien qu’il rigolait pas du tout, le Rob… Et on est resté là, à voir défiler l’Histoire, avant que les Newcomers ne prennent le relais, avec deux beaux passages de Fred et Nico, puis on est rentré, la tête résonnante, les yeux plein de bonheur, et sans oublier de se mettre au point mort dans les descentes pour éviter que le camion ne surchauffe…

 

 


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Billet de Morgan Govignon... vous en reprendrez bien ?

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