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C'est l'histoire d'un gosse #8.

Publié le par STEVEN

Les Maîtres d'Orchestre

Les nuits sont aussi utiles que les jours. Celles de l’ile de Man sont spéciales. Après une séance d’essais, l’adrénaline est à son maximum. Je suis à bloc, et une heure après, quand tout retombe, j’en ai les jambes qui tremblent. Ensuite, vient le moment de se coucher, mais le cerveau, tellement excité par tout ce qu’il vient de vivre, continue sa course, refait les virages, comprend les erreurs. Mon coup de mou digéré, je me suis attelé à me détendre. Première étape, les kinés de la course. Ils sont dispo, gratuitement, pour remettre les corps des pilotes secoués en droite ligne. Pendant une bonne demi-heure, deux femmes s’occupent de mes jambes, de mon dos, et de mon cou, encore raidis des essais de la veille. Je commence à souffler.

Puis une main se pose sur mon épaule… C’est la grosse paluche du Mig qui me vient en aide. On regarde la vidéo embarquée de la veille, il corrige mes erreurs, m’explique les trajectoires… C’est la première fois que j’ai droit à des conseils de pilotage. Je suis en train d’apprendre plein de choses. Je n’ai jamais fait de stage, j’ai commencé la moto tout seul sur la route, et pris de mauvaises habitudes. En fait hier, j’ai compris que je n’étais pas assez fort pour progresser que par moi-même. Certains pilotes commencent avec du talent, ce qui ne les empêche pas de travailler pour être au top, mais moi je sais que je ne suis pas né avec ça. J’ai juste une grosse volonté, et de l’envie, ce qui fait que je suis plus souvent à l’agonie qu’à l’attaque, comme dans les spéciales de rallye. Cette heure avec le Mig m’a apporté bien plus que toute une journée à faire des ronds sur un circuit. J'en apprends aussi avec Julien, et j'en comprends encore avec Fred Protat... Du positif, et je respire mieux. Au départ, je venais pour me qualifier. Maintenant que la course a commencé, j'en veux plus, mais je me rends compte que je ne suis pas bien armé. Pas avec la moto, mais avec ce que je sais faire avec, ce que j'en comprends.

Ce soir, je sais avant de partir que je vais bien rouler, parce que j’ai compris des choses. On déconne un peu sur la mise en grille, et je pars pneus froids, mais serein. Quatre virages pour chauffer les Pirelli, et je déroule les conseils. Tout n’est pas parfait, mais je suis déjà plus en sécurité sur la moto. Et puis, un nuage, une forte odeur d’huile dans Gorse Knee… Je coupe, pensant voir une moto en feu… Mais ce n’est qu’un moteur cassé. Je reprends mes esprits, et déroule les 45 km restant comme une partition, avec quelques fausses notes et des talus un peu trop proches… Mais je sens que je maîtrise mieux l’instrument. Fin du premier tour, et drapeau rouge. Trop d’huile dans Gorse Knee, les essais se terminent sur cette note positive. Seul point noir à l’horizon, la boite de vitesse commence à déconner. A moins que ce ne soit moi. Je dois parfois m y reprendre en trois fois pour enclencher la 6. J’espère seulement que c’est mon pied qui commence à fatiguer (j’ai du mal à relever le pied gauche depuis un accident), et que la moto ira jusqu’au bout de la course lundi.

J’en saurais peut être un peu plus avec Stéphane, qui arrive ce dimanche, et qui touche à la mécanique comme Audiard à l’argot.

En attendant, ce soir c’est chaleur et convivialité avec les autres équipes françaises. On part sur Douglas, à 9 dans mon camion 3 places, suivi de Ju et son équipe. Une bière, un restau, on arrive même à ne plus parler de cette ile qui nous obsède tant. Un brin de moto, un peu d’histoire, de bonnes vannes et quelques analyses nocturnes plus tard, on se quitte sur la baie de Douglas, guirlande de noël sur la mer d’Irlande… Demain, il faut préparer les motos pour notre première course. Dans 240km, 1104 virages, quelques sauts et quelques guidonnages, nous aurons inscrit modestement nos noms sur les tablettes de l’ile de Man…

© Corinne Montculier

C'est l'histoire d'un gosse #8.

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