Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est l'histoire d'un gosse #5

Publié le par STEVEN

Les se suivent mais ne se ressemblent pas pour Morgan Govignon.......

Le pirate

"Tout ce qui se passe dans ta tête fera ta course, ou presque. Pour rouler ici, ce n’est pas la taille des couilles qui compte, comme on le croit tous. Bien sûr, il faut un gros cœur, mais c’est ce que tu as dans la tête qui le plus important. Après mon tour de manège enchanté lundi, j’avais envie de me retrouver à nouveau sur le circuit. J’avais pas mal travaillé, compris certains trucs, et j’étais prêt à rouler, non pas pour faire un chrono, mais pour essayer d’aller un peu plus loin.

Sauf qu’en essayant de réciter mon tour devant mon PC, je me suis trompé plusieurs fois… Et j’ai compris que ce soir, je ne savais rien. Trop d’informations en trop peu de temps… Et je suis parti en me disant ça dans Bray Hill « Ce soir, tu ne sais rien ». J’ai validé, revalidé chaque virage avant d’y entrer. J’ai (trop) ralenti à 11th milestone, parce que je le connais mais je sais que je ne l’aime pas. J’ai pris mon pied dans Glen Helen, et je me suis senti différent sur la moto. Moins la sensation de plaisir que la veille, plus le sentiment d’être en train de travailler, d’essayer des choses, de convaincre ma confiance que ça peut rentrer sans soucis avec 20 bornes de mieux qu’hier. Et je déroule. Sauf que ce « un peu plus vite » change beaucoup de choses. La moto prend du mouvement, serpente à la réception des sauts et des compressions, louvoie en entrée… C’est le retour des sensations fortes ! Une un peu trop forte, à Hailwood Rise, où je m’écarte de deux bons mètres à cause d’une rafale de vent, me ramène sur terre… Je souffle, et continue mon chemin, en incluant ce paramètre que j’avais un peu délaissé ce soir…

Fin du premier tour, je passe Martial Mourra, un autre français Newcomer dans Grandstand. Je fonce vers Ballagarey, mais le soleil qui se couche m’arrache les yeux, je coupe, je suis perdu, je ne vois plus rien… Ma lentille de contact droite se barre… Je sors de Ballagarey, mon cerveau ne comprend plus rien, ce con veut pas faire la mise au point entre un œil qui voit et l’autre dans le brouillard. J’hésite, mais décide de continuer. Avec un œil, en mode pirate, je me dis que je vais apprendre dans ce tour à gérer la vitesse avec une difficulté inattendue, voir si ça passe, quoi… Et ça passe. Je me tiens tranquille quand même (là où tu ne vois pas, tu ne vas pas), déroule la même histoire mais avec des parties en braille, me lâche là où je sais, et puis, le drapeau à damier.

Je reviens tranquillement. La réparation du radiateur a tenu (merci à Marc Dufour), il y a eu un moment où la 5ème n’a pas voulu passer, mais j’ai eu la sensation, malgré les très gros mouvements de la moto, d’en mettre un peu plus, d’être un peu mieux.

Mon frangin à le sourire… 22min46, je viens de me qualifier pour la course de Junior !

Inespéré, je sentais que j’étais un peu plus vite, mais je ne pensais pas avoir gagné plus d’une minute au tour !

On fête ça autour d’une bouteille avec des supporters français, on discute…

Et ensuite je réfléchis…

Ce soir j’ai su que je ne savais rien, et ça m’a sauvé. La pression s’est évaporée devant ce constat et j’ai fait ce que j’ai pu avec ce qui était certain à 200%, pas moins. Le vent a soufflé, les bosses m’ont secoué, et le circuit m’a rappelé que même si j’étais certain, le chef, c’était encore lui. Qu’une vague avec 30km/h de plus devient une bosse. Qu’un coucher de soleil peut être un cauchemar. Et que même ceux qui savent, à n’importe quel moment, peuvent subir le circuit, sans qu’on sache ou comprenne pourquoi… Hier, un Irlandais de 39 ans n’ira jamais plus loin que le 1er mile de la montagne… C’est comme ça. Y a pas grand-chose à en dire, à en penser, encore moins à en juger. Si ce n’est d’être triste pour ceux qui vivront désormais qu’avec son souvenir, et se dire que s’il était ici, c’était sa volonté, et qu’il n’aurait surement pas, comme beaucoup d’entre nous, laissé de coté ses rêves, même si ils coûtent parfois beaucoup, beaucoup trop chers…

Ce soir, j’en sais un peu plus, mais j’en mettrais moins."

© Steve Babb

C'est l'histoire d'un gosse #5

Commenter cet article